Six years later, misaotra dada sy neny
Rédigé le Jeu 02 Aoû, 2007 22:22:16 
Si je me souviens de ce jour-là ? Bien sûr que je m'en souviens...
Cela faisait plusieurs mois que j'attendais ce moment. En parcourant le journal intime que je tenais à l'époque, je me revois écrire des pages et des pages, pendant des jours et des jours, exprimant mon envie presque douloureuse d'arriver à ce moment final.
Le jour venu, pourtant, j'attendis jusqu'au dernier moment possible pour boucler tout ce que je devais emporter. Quelques vêtements, quelques paires de chaussures, des cadeaux pour ceux qui étaient déjà partis, et des livres, beaucoup de livres, comme si j'avais oublié que les librairies là-bas, ça existait aussi.
Maman me laissa empaqueter seule. Prétextant qu'elle avait beaucoup à faire - elle est restée prier pendant plus de 2 heures ce soir-là - elle n'entra dans ma chambre vers 19h - alors que j'étais assise sur la dernière valise afin de faire plier le zip qui refusait obstinément de rejoindre son bout - que pour la forme, pour me demander si "ça se passait bien". Elle avait les yeux cernés, une voix qu'elle essayait de garder neutre, elle se triturait les mains...
Le dîner se passa dans une atmosphère plutôt appréhensive. Nos humeurs balancaient entre la joie - "elle part" - et l'amertume - "elle s'en va !". Papa passait du rire franc au sourire triste.
Je ressentais une vague sensation de culpabilité, coupable d'avoir attendu ce moment, manifestement douloureux, avec impatience durant des mois.
Mais je ressentais également une joie sourde. Vivre enfin dans cet autre univers qui m'avait fasciné depuis que j'étais en âge de regarder la télé.
Le dîner avalé, papa alla s'enfermer dans leur chambre, pour s'allonger un peu car la journée fut éprouvante et la nuit serait longue, nous dit-il. J'allai prendre une douche, puis je m'habillai. Lorsque je sortis de ma chambre, tout le monde était prêt.
- "Allons allons, ne nous mettons pas en retard. Va démarrer la voiture, chérie, pour bien chauffer le moteur car il fait froid ce soir."
J'embarquai la valise que mes petits bras pouvaient porter, laissant le reste aux muscles de papa et la descendit au garage. Puis, je démarrai la vieille petite berline de papa. Celle-là m'avait vu grandir. J'eus un petit pincement au coeur en tournant la clé de contact, en me disant que c'était peut-être la dernière fois que je faisais ce petit geste, insignifiant, mais devenu rituel pour moi. Tous les matins, j'avais en charge de démarrer la voiture afin de faire tourner le moteur, en attendant que papa ou maman finisse de se préparer pour nous emmener à l'école.
Je sortis de la voiture pour ouvrir le portail du garage et papa et maman apparurent. Les yeux de maman étaient rouges, elle avait pleuré. Papa n'avait plus que son sourire triste aux lèvres et un regard empli de tracas, pensif.
Sur la route, papa me fit quelques dernières recommandations, comme il avait si souvent l'habitude de faire. Place ton chemin entre les mains de Dieu, c'est le moyen le plus sûr d'y arriver, me disait-il.
Arrivé au dernier port, l'ami de papa parmi les équipes de surveillance nous laissa entrer dans le box avant les autres afin que nous puissions procéder à nos démarches rapidement. Une fois cela fait, nous ressortîmes et allâmes boire un verre au café à l'étage. Je fis encore un peu des plaisanteries enfantines avec maman, j'embrassai grand-mère quelques dernières fois, le temps avait coulé trop vite ce soir-là. Le dernier appel des passagers avait sonné, il n'y avait presque plus personne dans le hall, il nous fallait vraiment embarquer.
Je les embrassai tous une dernière fois à la hâte et sans demander mon reste, je courus vers le hall d'embarquement de peur d'être laissée derrière, en agitant vaguement la main en partant. Je ne voulais pas leur laisser le temps de verser des larmes en m'attardant aux effusions et autres adieux.
Une fois dans l'appareil, mon frère et moi bien installés, toute agitation m'avait quittée. En attendant que l'appareil démarre et alors que l'équipage s'affairait autour de nous, une musique d'ambiance avait surgi des murs.
Le visage de ma maman et le sourire de mon papa m'apparurent soudain avec un pincement aigu dans ma poitrine. Malgré moi, mes yeux s'emplirent de larmes amères et des sanglots vinrent agiter ma gorge. Je réalisais alors vraiment que je les quittai pour de bon.
6 ans après, me voici là où je ne m'imaginais pas vraiment être à l'époque. Emplie de bien-être et de fierté d'avoir parcouru tous ces chemins truffés de douleurs et d'amertumes, enorgueillie d'avoir réalisé ce que papa et maman avaient espéré très fort ce soir du 2 août, il y a bien 6 années.
Papa et maman, c'est grâce à vous...Merci pour tout.
